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La mémoire

Vieillissement et mémoire

De très nombreuses personnes se plaignent de leur mémoire en prenant de l'âge. Ces plaintes s'accompagnent de la crainte de la maladie de la mémoire la plus connue et la plus médiatisée : la maladie d'Alzheimer. Or, malgré de nombreuses croyances, il est faux de penser que la baisse de performances intellectuelles et de la mémoire, est inévitablement liée à un processus pathologique de type Alzheimer.

Il est en effet tout à fait normal que les capacités intellectuelles diminuent au cours du vieillissement, car le cerveau vieillit, tout comme le reste du corps. Certaines fonctions cognitives (= fonctions intellectuelles : langage, mémoire, attention, capacités d'abstraction, de représentation spatiale, de jugement, le raisonnement...), vont être plus sensibles que d'autres aux effets de l'âge, comme c'est le cas de l'attention et de la mémoire. Évidemment, tout comme le vieillissement du corps, cette baisse des performances cognitives est très variable d'une personne à l'autre, dans l'apparition, les retentissements, le profil cognitif...

Quelques explications pour mieux comprendre ce qui se passe alors, et trouver comment pallier les difficultés qui peuvent apparaître.

  • Le vieillissement du cerveau débute très jeune, puisque dès 25 ans, le nombre de neurones (cellules du cerveau) commence à diminuer. A partir de 50 ans, le poids du cerveau diminue en moyenne de 2% par décennie. Cette évolution naturelle n'est pas sans conséquence et, progressivement, cette baisse des neurones va s'accompagner d'un certain ralentissement à la fois moteur (dans nos gestes, les réflexes), et mental.

 

  • Outre la diminution du nombre de neurones, le ralentissement est aussi directement lié à une baisse de la vitesse de l'influx, de la transmission même de l'information entre les neurones. C'est pourquoi, au fur et mesure de l'avancée en âge, on remarque une augmentation du temps nécessaire pour traiter une information. Il existe alors un ralentissement global qui se répercute sur le fonctionnement cognitif, intellectuel, et en particulier sur le fonctionnement de la mémoire. En effet, la diminution de la vitesse de traitement peut avoir pour conséquence la disparition des informations avant même qu'elles n'aient pu être traitées, ce qui explique en grande partie les oublis.

 

  • Par ailleurs, le vieillissement des organes des sens (audition, vue, odorat...) s'accompagnant d'une baisse des perceptions sensorielles, entravant la saisie correcte des informations, et diminuant ainsi la possibilité de bien les mémoriser.

Les fonctions cognitives vont être pénalisées par ces altérations du fonctionnement cérébral. En particulier, et de façon très fréquente, on retrouve un ralentissement attentionnel, et nous savons bien à quel point être attentif est indispensable pour bien se souvenir des informations.

 

L'attention sélective se caractérise par :

  • La diminution des capacités d'attention et de concentration, et notamment de l'attention sélective. Alors que le système attentionnel d'un cerveau « jeune » peut enregistrer plusieurs informations en même temps, porter son attention sur différentes choses simultanément, en vieillissant il ne peut plus traiter qu'une seule information à la fois. Il devient alors impératif d'apprendre progressivement à changer ses habitudes, à ne plus faire plusieurs choses en même temps comme auparavant.

 

  • De même, la diminution des capacités de concentration demande à présent de travailler les informations deux ou trois fois plus qu'un cerveau jeune (relire ou se répéter plusieurs fois les informations pour les retenir). C'est le rôle de la mémoire de travail. C'est elle qui permet à l'information de se ranger dans le cerveau, par des stratégies propres à chacun (lire, noter, se répéter à voix haute, moyens « mémotechniques »).

 

  • Les fonctions cognitives les plus fragiles face au vieillissement sont la rapidité mentale, l'attention sélective partagée, la mémoire de travail, la mémoire épisodique secondaire.

Les fonctions les plus solides sont le langage, le raisonnement arithmétique, la mémoire sémantique et la mémoire implicite.

  • Le vieillissement est une période de la vie marquée par de nombreux changements, pertes, remaniements qui, successivement demandent un grand travail d'adaptation, dans sa vie et dans la façon de se percevoir.

 

  • Il s'agit d'un vrai travail progressif de réaménagement intérieur, de réaménagement de l'identité (sentiment de qui je suis : « Je vieillis, je ne me reconnais plus »), de réaménagement de l'estime de soi (sentiment de ce que je vaux, d'être quelqu'un de valeur, d'aimable « je ne sers plus à rien, je n'y arrive pas, je ne vaux rien »).

Vieillir amène donc ce travail d'acceptation et de détachement qui oriente alors vers la création de nouveaux investissements, d'objectifs (investir de nouvelles activités après la retraite, investir son rôle de grands-parents...). Ce travail est coûteux en énergie psychique et c'est pourquoi les personnes âgées sont plus exposées à des troubles dépressifs qui sont souvent banalisés et minimisés passant alors inaperçus.

 

  • Or, nous savons que la mémoire est sensible à notre « état » psychologique : être déprimé, stressé, angoissé, fatigué est source de troubles cognitifs, avec une baisse de l'attention et de la concentration, des troubles de la mémoire, qui sont alors bénins et tout à fait réversibles, d'où l'importance d'être attentifs à d'éventuels troubles psychologiques liés au vieillissement.

 

Les personnes âgées sont exposées à cumuler les facteurs qui influent de manière négative la mémoire.

 

  • La diminution de la qualité du sommeil : le sommeil se modifie, au niveau de sa qualité (moins de sommeil profond) comme de sa rythmicité (plus de réveil intra-sommeil). Un tiers des patients de plus de 65 ans vivant à domicile se plaignent de troubles du sommeil.

 

  • Les douleurs : dans une étude portant sur 97 patients âgés de 65 à 101 ans, ces personnes âgées présentent au moins une douleur dans 71% des cas. Ces douleurs sont souvent multiples. Les localisations sont articulaires dans 70% des cas, il s'agit de céphalées dans 25% des cas, de douleurs lombaires dans 20%. Dans 60% des cas, les lombalgies existent depuis plus de dix ans.

 

  • Les poly-pathologies et les médications multiples : les personnes âgées sont souvent plus concernées par la prise de médicaments influant sur la mémoire (somnifères, anxiolytiques, certains anti-dépresseurs et antalgiques).

 

  • La diminution des activités intellectuelles : avec la retraite, c'est le déclencheur permanent de l'activité mémoire quotidienne qui disparaît. Il est important que d'autres déclencheurs prennent le relais pour continuer cette stimulation quotidienne des performances de la mémoire (bénévolat, associations, relations sociales, activités intellectuelles...)

 

  • L'isolement social : la retraite est la première source de l'appauvrissement des relations sociales. Il faut aussi ajouter l'éloignement des enfants, la perte du conjoint ou d'amis. Il est aussi favorisé par une tendance à se replier sur soi dont l'origine est souvent multi-factorielle (syndrome dépressif, baisse de l'audition, difficulté à la marche ou peur de chuter,...)

 

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